Ce texte fait suite à Deux écoles, une pente, qui raconte 1977.

Tadoussac, 1977

Même organisation, même dune, et deux fois plus de pilotes que l'année d'avant. Toujours une épreuve de durée. J'ai gagné, encore une fois avec un vol de moins d'une minute.

Les soirées, la bière à l'Hôtel Tadoussac, c'était mémorable. Beaucoup de partys, mais pas de vols.

Willie Muller était venu de Calgary. Je pense que les gars de l'Ouest sont partis avant la fin, découragés par les conditions. Le vent d'est est rare l'été au Québec.

Suivre le vent

Il fallait réagir. Le vent soufflait vers la Gaspésie : c'est là qu'il fallait aller explorer.

Plusieurs avaient décidé de faire ça, dont Jim Neff et Rob McKenzie, deux amis d'enfance de la même ville en Ontario. Rob s'était établi au Québec. À cette époque, il travaillait pour Sports Innovations et volait un Lapous 4, comme moi. Jim et lui étaient partis explorer la Gaspésie et avaient pris le traversier avant nous.

Nous autres, on partait en famille : Marcel avec son camper, et moi dans ma Beetle jaune, avec ma femme, mes deux filles et mon chien Goluk. Tout le monde connaissait Goluk.

Plusieurs personnes nous avaient parlé de Mont-Saint-Pierre. Notre objectif, c'était d'aller voir si ça se pouvait. Donc hop ! Le traversier Saint-Siméon–Rivière-du-Loup, puis quelques heures de route, et nous voilà à Mont-Saint-Pierre.

Une montagne au sommet pelé sous un ciel bleu, une croix blanche sur la crête à droite; tout petit dans le ciel, un deltaplane
La montagne de Mont-Saint-Pierre et sa croix. Le petit point blanc dans le ciel, c'est une aile.

Mont-Saint-Pierre

Oh !!! Surprise : deux ailes au-dessus de la montagne, bien accrochées. C'étaient Jim Neff et Rob McKenzie.

Un pilote penché sous une aile blanche et rouge s'apprête à décoller d'une crête de roches éclatées
Le décollage de la croix, au tout début du vol à Mont-Saint-Pierre.

Une heure plus tard, je les avais rejoints. Ça m'a permis de faire un vol de trois quarts d'heure avant le coucher du soleil.

À Tadoussac, j'avais gagné avec un vol de moins d'une minute. Là, trois quarts d'heure.

Les phares sur la plage

Marcel était en bas, sur la plage. Il connaissait déjà tout le monde à Mont-Saint-Pierre. Tous étaient venus admirer le spectacle, et ils avaient organisé sur la plage une piste d'atterrissage éclairée par les phares des voitures.

Cette journée-là, je ne l'oublierai jamais.

Jim et Rob

Rob McKenzie, casqué, gilet orange, assis dans son harnais sous l'aile, les mains sur la barre, passe devant une falaise rocheuse
Rob McKenzie au Mont-Saint-Hilaire.
Ce qu'ils sont devenus

Plus tard, Rob est parti s'installer à Crestline, en Californie, où il vit toujours depuis les années 1980. Pendant une trentaine d'années, avec Dianne, il s'est occupé du site de vol libre du club. Sa fiche sur le site du Crestline Soaring Society (en anglais).

Jim, de son vrai nom James Neff, c'est tout un pilote, lui aussi. En 1998, à Eucla, en Australie, il a établi un record du monde de vitesse en deltaplane sur un parcours aller-retour de 200 km : 65,15 km/h. Son record à la FAI (en anglais).

Tadoussac et Mont-Saint-Pierre, 1977
  • Tadoussac — même dune, deux fois plus de pilotes, encore gagné avec moins d'une minute
  • L'Hôtel Tadoussac — beaucoup de partys, pas de vols
  • En famille — Marcel en camper, moi dans ma Beetle jaune avec ma femme, mes deux filles et Goluk
  • Le traversier — Saint-Siméon–Rivière-du-Loup, puis la route de la Gaspésie
  • Mont-Saint-Pierre — Jim Neff et Rob McKenzie déjà en l'air, trois quarts d'heure de vol avant le coucher du soleil
  • La plage — une piste éclairée par les phares des voitures

Pour Mont-Saint-Pierre, ce n'était que le début. La suite : 1978, la rencontre internationale de Mont-Saint-Pierre, avec certains des meilleurs pilotes d'Amérique.