Du siège du copilote à la barre de contrôle

Mon père, Marcel, a passé sa vie à poser des avions de brousse sur des lacs perdus du Nord. En avril 1975, il prend sa retraite de l'aviation. Pour lui, la retraite ne voulait pas dire s'asseoir : il décide de se lancer dans la fabrication de deltaplanes. Il part en France, achète deux ailes, des Delta Manta, et les rapporte en avion.

Moi, j'avais passé une bonne partie de ma jeunesse dans ses avions. D'abord sur le siège arrière, puis à la place du copilote : Cessna 180 sur flotteurs, Beaver, Otter. Je pensais connaître le vol. Le deltaplane m'a rendu accro instantanément.

La première fin de semaine, j'apprends à voler au Mont Laval. La deuxième, je donne des cours à la côte Fleury, à Montréal. Je venais de me créer un nouveau métier.

Belle-Neige, printemps 1975

En avril et en mai, on volait à Belle-Neige, dans les Laurentides. Il y avait là un autre groupe de pilotes, avec Pierre Vérot, qui dirigeait l'école de ski et enseignait aussi le deltaplane. C'est là, ensemble, qu'on a fondé l'Association de deltaplane du Québec.

Deux deltaplanes au sommet d'une butte, l'un rouge, blanc et bleu, l'autre rouge et blanc, devant un grand arbre sans feuilles; un pilote se tient sous l'aile de droite
Marcel et moi, dans les Laurentides, au printemps 1975.
Une aile rose et blanche posée sur la pente devant un boisé de bouleaux; un homme est assis dans l'herbe à côté, d'autres un peu plus loin
Pierre Vaillancourt à Belle-Neige.

Sports Innovations

La suite a été très vite. Tout un groupe s'est greffé autour de Sports Innovations, la compagnie qui fabriquait les ailes. Je ne me souviens pas du chiffre exact, mais on en a vendu plusieurs dès la première année. Ce n'était pas rare de croiser de nouveaux pilotes, le delta sur le toit de la voiture, en route pour aller voler dans les Cantons de l'Est.

Je volais toutes les fins de semaine et dans tous mes temps libres. Mon premier gros vol, c'est à Sugarloaf, le centre de ski du Maine : 1 500 pieds de dénivelé. Wow, le kick. Mon chum Pierre Vaillancourt était là aussi, mais il était un peu moins vaillant que moi.

Un pilote au casque bleu porte un deltaplane rouge et blanc sur ses épaules, les mains sur la barre de contrôle, sur une pente d'herbe sèche bordée de conifères
L'aile sur les épaules, dans les Laurentides.

80 $ la fin de semaine

En juin, je passe une petite annonce dans le Journal de Montréal : Cours de deltaplane. Ça a été instantané, le téléphone ne dérougissait plus. J'ai rempli des groupes de huit élèves jusqu'à la neige.

La formule : une demi-journée de théorie, une journée et demie de vol, quatre élèves par aile. Le tout à Sainte-Julie, sur une super côte dans un champ bien exposé à l'ouest, où quarante élèves tenaient facilement.

Le sommet gazonné d'une côte sous un ciel bleu; deux deltaplanes au sol, l'un jaune et rouge, l'autre rouge, bleu et noir, entourés d'une dizaine de personnes
La côte de Sainte-Julie, un peu plus tard : c'est comme ça que se passaient les cours.
1975 en bref
  • Avril — Marcel rapporte de France, en avion, deux Delta Manta
  • Avril-mai — premiers vols à Belle-Neige, fondation de l'Association de deltaplane du Québec
  • 1 500 pieds — mon premier gros vol, à Sugarloaf
  • Juin — l'annonce dans le Journal de Montréal
  • 80 $ — la fin de semaine de cours, huit élèves par groupe, quatre par aile
  • Automne — premier vol à la falaise Dieppe, au Mont-Saint-Hilaire

La falaise Dieppe

À l'automne, premier vol au Mont-Saint-Hilaire, depuis la falaise Dieppe. Nous étions trois. C'étaient les tout débuts du vol sur cette montagne, et on venait de trouver un vrai site de vol libre.

La suite : trois championnats du Québec.