Ce texte fait suite à De Bromont au garage, le dernier chapitre de l'histoire du vol libre.

L'hiver des outils

Sports Innovations a fermé, et les outils passent tout l'hiver au froid, dans le garage. Tous, sauf un : la Pfaff zigzag, la machine qui réparait les voiles de planche, les ailes delta et les parapentes. Elle était brisée, et elle a passé l'hiver dans la maison.

Le réparateur Pfaff demandait 1 500 $ pour la remettre en état. Je n'avais pas cet argent.

La cave de Bernard

Je suis allé voir Bernard Trottier Sports, à l'époque le plus gros magasin de ski au Québec. Bernard était aussi un de mes clients l'été, pour la réparation des voiles de planche : il en vendait beaucoup. Je lui dis que je me cherche une job de technicien. Sa réponse :

« Descends dans la cave, garçon. »

Dans la cave, je faisais la mise au point des skis, tout le travail de technicien que je connaissais depuis l'âge de 15 ans, depuis ma première job chez André Jac Sports. C'est comme ça que j'ai survécu à mon premier hiver.

Réparateur de machines à coudre

Le même hiver, à la maison, j'ai réparé la Pfaff zigzag. Puis j'ai remis en état l'autre, la Pfaff 545, celle des harnais et du travail plus dur : elle pouvait coudre des sangles très épaisses. Me voilà maintenant réparateur de machines à coudre.

Un homme aux cheveux longs, casquette blanche à l'envers, répare une machine à coudre industrielle ouverte sur une table de salle à manger couverte de journaux, éclairée par une lampe de bureau
La Pfaff 545 ouverte sur la table de la salle à manger.

Le printemps

Mais le printemps est vite revenu, et avec lui la demande de réparations : des voiles de planche, mais aussi des voiles de voiliers. Je ne sais pas trop comment les gens m'ont retrouvé, mais ça n'a pas tardé. Il n'y avait plus de Sports Innovations, mais la job continuait.

J'ai été pris par surprise, mais j'ai réagi vite : le garage a été aménagé en atelier en un rien de temps.

Un atelier dans un garage : des rouleaux de tissu rangés sous le plafond, une grande table de coupe, une porte à hublot octogonal, et un harnais de deltaplane noir suspendu au milieu
Le garage devenu atelier, un harnais de deltaplane suspendu au milieu.

Air Terre Mer

Ce n'est pas la job qui manquait. En 1991, je fonde la Voilerie Air Terre Mer. Air, pour les sports aériens : les ailes delta, les parapentes, les ULM. Terre, pour les arts et le spectacle : les harnais d'artistes, les décors. Mer, pour les voiles et les sports nautiques.

La relève

Depuis, la compagnie continue, même si j'ai pris ma retraite il y a maintenant presque dix ans. La vie m'a amené la meilleure relève possible, en la personne de Francis Boutin. La transition a été si facile que les clients ne s'en sont même pas rendu compte.

Une machine à coudre industrielle Pfaff, grise, sur une table verte, avec deux cônes de fil blanc sur son support, des voiles pliées et un sac de voile derrière
La Pfaff zigzag aujourd'hui, toujours au travail dans l'atelier de Francis, en octobre 2026.

Aujourd'hui, la Voilerie Air Terre Mer, c'est Francis Boutin. Gil Bourhis n'est plus qu'un souvenir.

L'important, c'est que la mission continue.

Logo de la Voilerie Air Terre Mer : trois branches blanches en spirale dans un cercle, marquées Air, Terre et Mer Voilerie Air Terre Mer Voiles de voiliers et de planches, ailes, harnais, arts du spectacle : l'atelier de Francis, sur la rive sud de Montréal. Visiter voilerie.ca →

Vous avez fait réparer une voile, une aile ou un harnais à la Voilerie ? Racontez-le en commentaire.

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