Le cuivre est prisonnier de la chalcopyrite (CuFeS₂), un sulfure double de
cuivre et de fer. On le libère par dissolution acide oxydante, on le sépare
de la gangue par filtration, puis on le récupère par échange avec le fer.
Voici la méthode complète, telle qu'elle fonctionne, sur une base de
référence de 250 g de minerai concassé.
Chapitre d'origine · La Mine EustisLe résultat de cette méthode : un bouton de cuivre métallique,
fondu au chalumeau à partir du minerai brut.
Matériel et réactifs
Réactifs
250 g de minerai de chalcopyrite, concassé et broyé grossièrement
~450 mL d'acide sulfurique dilué à ~37 % (équivalent à l'acide de batterie)
Peroxyde d'hydrogène à 30–35 % (fournisseur de piscine ou d'hydroponie) — pas le 3 % de pharmacie, trop faible
Eau distillée
Laine d'acier (ou un clou d'acier pour un test rapide)
Matériel
Bécher résistant à la chaleur (500–600 mL)
Bain de sable et plaque chauffante
Entonnoir et papier filtre
Creuset et chalumeau
Gants et lunettes de protection
Préparer l'acide à 37 % : si l'on part d'un acide concentré
(93 %, 66° Baumé), verser lentement environ 125 mL d'acide dans 345 mL d'eau
distillée — jamais l'inverse — pour obtenir environ 450 mL à ~37 %.
Dilution de l'acide concentré : versé lentement dans l'eau, en petites
quantités, jamais l'inverse.
Sécurité : gants et lunettes en tout temps; travailler dans un
endroit ventilé — l'attaque des sulfures et la chauffe du soufre natif peuvent
dégager des vapeurs désagréables (SO₂).
I
Solve — la lixiviation
Solve : dissoudre. L'acide seul n'attaque presque pas
la chalcopyrite — il lui faut un oxydant pour briser le sulfure et libérer
le cuivre sous forme d'ion Cu²⁺ en solution.
CuFeS₂ + oxydant + H₂SO₄ → Cu²⁺ + Fe²⁺/Fe³⁺ + S / SO₄²⁻
Le cuivre passe en solution sous forme d'ion Cu²⁺ — c'est lui qui donne la couleur bleu-vert.
Placer le minerai concassé (250 g) dans le bécher et couvrir
avec l'acide dilué (~450 mL à 37 %).
Installer au bain de sable sur la plaque chauffante et
chauffer doucement — le sable répartit la chaleur sans brusquer le verre.
Si la gangue contient des carbonates, une effervescence initiale
sans coloration est normale : l'acide neutralise d'abord les
carbonates avant d'atteindre le sulfure. Poursuivre la chauffe.
Ajouter le peroxyde progressivement, par petites quantités
(~30 mL à la fois), en laissant réagir quelques minutes entre chaque ajout.
Signe de réussite : la solution vire au vert (fer), puis au
bleu-vert (cuivre en solution). Poursuivre jusqu'à ce que la
couleur n'évolue plus.
CaCO₃ + H₂SO₄ → CaSO₄ + H₂O + CO₂↑
L'effervescence des carbonates de la gangue : normale, elle précède l'attaque utile du sulfure.
Avant : effervescence des carbonates, aucune couleur encore.Après : au bain de sable, la solution vire au vert.
Entre deux passages — si le minerai résiduel doit être relixivié,
il se couvre souvent d'une croûte de soufre natif qui isole les
grains encore intacts. La parade : chauffer le résidu à sec au
bain de sable, vers 200 °C. Le soufre sublime et se redépose en un anneau pâle sur
les parois froides, rouvrant la surface du minerai pour un nouveau passage.
Soufre natif sublimé, redéposé en anneau pâle sur les parois du bécher.
II
Filtration — la séparation
« Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais », dit la Table
d'émeraude. En pratique : un entonnoir et un filtre suffisent.
Filtrer la solution chaude ou tiède à travers un papier
filtre. La gangue épuisée reste sur le filtre; la
solution chargée en cuivre passe, limpide et colorée.
Filtrer lentement, au besoin deux fois, plutôt que rapidement une seule —
chaque particule de gangue qui passe se retrouvera plus tard mêlée au cuivre.
À savoir : en refroidissant, une liqueur riche en fer peut
laisser cristalliser du vitriol vert (sulfate de fer hydraté) —
un sous-produit normal, sans conséquence sur le cuivre resté en solution.
Fe²⁺ + SO₄²⁻ + 7 H₂O → FeSO₄·7H₂O↓
La couperose verte des anciens — le fer dissous qui cristallise en refroidissant.
Vitriol vert cristallisé spontanément dans le filtrat refroidi.
III
Rectificando — la cémentation
Rectificando : remettre chaque chose à sa place. La
cémentation sur fer est le procédé le plus ancien qui soit —
un métal moins noble (le fer) prend la place d'un métal plus noble (le cuivre)
en solution.
Fe + Cu²⁺ → Fe²⁺ + Cu↓
Le fer passe en solution, le cuivre métallique précipite — l'échange des affinités.
Test rapide (optionnel) : tremper un clou d'acier dans la
solution filtrée. En une heure et demie environ, un dépôt cuivré confirme que
le cuivre est bien en solution.
Récupération complète : immerger de la laine
d'acier dans la solution — plus de surface, plus de fer offert à
l'échange. Laisser agir jusqu'à dissolution complète du fer métallique.
Rincer le dépôt obtenu à l'eau pour retirer les résidus de
solution, puis laisser sécher.
Fondre au chalumeau, dans un creuset, pour rassembler le
dépôt en un seul bouton de cuivre métallique.
Test au clou : dépôt cuivré net après environ 90 minutes.Cémentation sur laine d'acier : le dépôt cuivré s'épaissit pendant
que le fond du liquide vire au vert.
Deux résultats possibles, également utilisables : si la
solution manque d'acide libre, le cuivre précipite en oxyde cuivrique
noir (CuO) plutôt qu'en métal. C'est normal, et ça se règle au
creuset : l'oxyde se réduit en cuivre métallique sous la flamme du chalumeau,
exactement comme le dépôt cémenté.
Cu²⁺ + H₂O → CuO↓ + 2 H⁺
Faute d'acide libre, le cuivre précipite en oxyde plutôt qu'en métal — même destination au creuset.
Précipité noir d'oxyde cuivrique (CuO) — même traitement final que le cuivre cémenté.La fonte au chalumeau : le dépôt séché se réduit et se rassemble
en métal sous la flamme.
Résultat de ce lot de référence, exactement 250 g de minerai
traités selon cette méthode : un bouton de cuivre minuscule — moins d'un
gramme — mais authentique. La méthode ferme la boucle.
Le bouton obtenu à partir de ce lot de 250 g — petit, mais bien réel.
L'œuvre continue
Le cuivre obtenu — métal ou oxyde — se pèse et se purifie. Au bout du
chemin, la boucle complète : dissoudre ce cuivre dans le vitriol fabriqué
soi-même, pour retrouver le bleu d'où tout est parti.