La belle annonce de 19 h
Vous l'avez sûrement vue. Elle passe tous les soirs, deux ou trois fois. Des panneaux solaires qui brillent au soleil, des éoliennes majestueuses, un barrage hydroélectrique, et la fameuse usine de captage de carbone de l'Ouest canadien. En finale, les premières notes de l'hymne national et le mot-symbole Canada. Le message : nous sommes un pays qui investit dans un avenir plus vert.
C'est très beau. Il y a probablement un fond de vérité — nos barrages sont bien réels, et ma batterie solaire au laboratoire aussi. Mais cette annonce n'est pas là pour nous informer. Elle est là pour camoufler.
Pendant ce temps, à Ottawa
Pendant que la petite musique joue dans nos salons, le gouvernement du Canada vient d'annoncer, aux côtés de l'Alberta, un nouveau pipeline d'un million de barils par jour vers la côte ouest — environ 35 milliards de dollars, financé en partie par des fonds publics. Le 2 juillet dernier, en pleine vague de chaleur. Le premier ministre a même parlé d'une « météo biblique » qui retardait son annonce. On ne l'invente pas.
Et ce n'est pas tout. L'entente Canada-Alberta prévoit la suspension du Règlement sur l'électricité propre dans la province et l'annulation du plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. Ça s'ajoute à l'abolition de la taxe carbone pour les consommateurs et — tenez-vous bien — à l'affaiblissement des dispositions législatives contre l'écoblanchiment. On affaiblit la loi qui interdit de mentir en vert, en même temps qu'on nous vend du vert à la télévision. Il faut le faire.
Le mirage du captage de carbone
Parlons-en, de cette usine de captage qu'on nous montre fièrement à la télé. Ce sont les pétrolières qui portent ce projet — regroupées dans l'Alliance des sables bitumineux. Sauf que le captage ne s'applique qu'à l'extraction. Plus de 80 % des émissions du pétrole se produisent quand on le brûle, dans nos moteurs et ailleurs. On ne peut pas capter ce qu'on envoie dans l'atmosphère aux quatre coins du monde. Mais ça paraît bien de le faire croire.
Le plus beau : ces projets de captage sont subventionnés par le public à hauteur de 50 à 85 %. Alors quand on nous dit que « les pétrolières investissent », c'est encore notre argent qui investit. Leur campagne publicitaire a d'ailleurs fait l'objet d'une enquête du Bureau de la concurrence pour déclarations trompeuses. Quand la loi anti-écoblanchiment est entrée en vigueur, l'Alliance a effacé tout le contenu de son site web et de ses réseaux sociaux. Du jour au lendemain. Si leurs affirmations étaient vraies, pourquoi les effacer?
« On paie la publicité qui nous dit que tout va bien, on paie les subventions au captage de carbone, et on paie le pipeline. Trois fois payé — pour se faire mentir. »
Pas en mon nom
Je ne suis pas contre l'économie. Mais on dirait qu'elle passe en premier, sans remords pour l'environnement. Je ne suis pas certain que ce soit l'opinion de tous les Canadiens — et ce n'est certainement pas la mienne.
Moi, ma transition énergétique, je l'ai faite dans mon laboratoire, avec mes mains. Une batterie LiFePO4 assemblée pièce par pièce, des capteurs solaires, et une maison qui a traversé dix heures de panne pendant le verglas sans même s'en apercevoir. Ce n'est pas de la publicité, c'est du vécu. Alors quand le gouvernement m'explique, à coups de millions en temps d'antenne, que le pays s'en va dans la même direction que moi pendant qu'il finance des pipelines — je ne marche pas.
Pour nous, les gens qui essayons de protéger notre planète un panneau solaire à la fois, ce double jeu n'est pas acceptable. La prochaine fois que la petite musique de l'hymne national jouera dans votre salon, rappelez-vous : c'est vous qui payez l'orchestre.