Il touche 2 200 $ par mois. RRQ et Sécurité de vieillesse combinées. C'est le résultat de quarante ans de travail.
Voici son mois.
Le premier du mois
Le loyer part en premier. Toujours. 1 000 $. Il reste 1 200 $. Sur le papier, ça semble gérable. Sur le papier.
La deuxième semaine
La passe de bus du RTL. 105 $. Robert n'a pas de voiture — il n'en a plus les moyens depuis trois ans. Le RTL, c'est son lien avec le monde. L'épicerie, le médecin, la pharmacie.
L'épicerie du mois : 400 $. Robert mange simple. Pas de viande tous les jours, pas de fruits exotiques. Des œufs, des légumes en spécial, du poulet quand c'est à moitié prix. Il connaît tous les cycles de promotions du IGA du coin.
La troisième semaine
Téléphone : 50 $. Internet : 60 $. Sans internet, pas de contact avec ses enfants en dehors de la ville. Pas de nouvelles, pas de médecin en ligne, pas d'accès aux services gouvernementaux.
La pharmacie. Les médicaments sont partiellement couverts par la RAMQ — mais partiellement seulement. Sa quote-part mensuelle : 80 $.
L'électricité : 70 $.
La fin du mois
435 $ pour les imprévus. Les vêtements. Une sortie de temps en temps. Un cadeau pour un petit-enfant.
Ce mois-ci, son ordinateur lui a encore affiché l'avertissement.
Il a cliqué sur «Fermer» comme d'habitude. Un nouvel ordinateur c'est 600 $ minimum. Robert sait très bien ce que ça veut dire — il va attendre que ça lâche.
En attendant, il fait attention où il clique.
« Chaque achat est un calcul. Chaque sortie est une décision. Est-ce que je prends le taxi ou j'attends l'autobus sous la pluie ? Est-ce que j'achète le fromage cette semaine ou la semaine prochaine ? »
Ce que le mois lui a coûté
Pas en argent. En dignité.
Robert ne manque de rien d'essentiel. Mais il ne fait que ça — l'essentiel. Depuis des années.
Et chaque janvier, sa pension augmente un peu. Et chaque janvier, tout le reste augmente plus vite.
Il dit que c'est correct.
C'est pas correct.
— Gil Bourhis
Mai 2026 · Partie III