L'auto électrique n'a rien d'une invention récente — elle est plus vieille que l'auto à essence telle qu'on la connaît. Avant d'en arriver à ma Bolt, il faut remonter cent ans en arrière.

1900 — quand l'électrique menait la course

Au tournant du XXe siècle, sur les routes et les chemins de terre d'Amérique, l'électrique n'était pas marginale : elle dominait. Les voitures se partageaient à peu près en trois tiers.

Électrique
Silencieuse, propre
♨️
Vapeur
Puissante, capricieuse
Essence
Bruyante, la manivelle

Les électriques étaient silencieuses, propres, et surtout elles démarraient toutes seules — pas de manivelle à brasser au risque de se casser le poignet. Des marques comme Baker et Detroit Electric vendaient des voitures élégantes, populaires en ville. Même Ferdinand Porsche a construit une électrique, puis une hybride, avant 1905.

Pendant ce temps, sous terre

On l'oublie, mais c'est la même logique qui explique pourquoi aucun métro au monde ne roule au diésel. Dans un tunnel fermé, un moteur à combustion, c'est l'asphyxie garantie. Sous terre, il n'y a jamais eu d'autre choix que l'électricité. L'électrique n'a donc jamais vraiment disparu — elle s'est juste retirée là où la combustion était impossible.

Pourquoi elle a perdu

Trois coups, presque en même temps. Le pétrole texan devient quasiment gratuit après Spindletop, en 1901. Ford lance le Model T à la chaîne en 1908 : l'auto à essence devient abordable pour tout le monde. Et en 1912, Kettering invente le démarreur électrique — qui enlève à l'essence son seul vrai défaut, la manivelle.

Du coup, l'électrique perd son principal avantage pendant que l'essence devient moins chère, plus puissante, plus autonome. En une vingtaine d'années, l'électrique disparaît des rues. Pour un siècle.

2012 — pas encore le temps

Quand j'ai acheté ma Toyota Yaris en 2012, l'électrique commençait tout juste à repointer le nez. Si une vraie électrique abordable avait existé, je l'aurais prise sans hésiter. Mais ce n'était pas le temps : les premières offraient une autonomie ridicule, des bornes il n'y en avait nulle part, et pour un hiver québécois, c'était impensable. La Yaris, elle, était honnête, fiable, et faisait le travail.

2026 — c'est le temps

Saint-Basile-le-Grand devient une ville de plus en plus verte. L'autre jour, dans un stationnement public, huit plaques vertes côte à côte. Les temps changent — et il était temps que moi aussi.

Tant que la Yaris roulait bien, le plus écologique c'était de la garder : pas de sens à fabriquer une auto neuve pour remplacer une bonne usagée. Mais quand les réparations se sont mises à coûter plus cher que la valeur de l'auto, le calcul a basculé. C'était le temps.

J'ai regardé pour du neuf — trop dispendieux pour mes moyens. Mais une Bolt usagée avec 37 000 km au compteur, ça, c'était dans mes prix.

La batterie, je commence à connaître

Les batteries au lithium, j'en ai déjà parlé ici — pour la recharge solaire du labo. (Voir La batterie du salon.) Alors l'idée d'une grosse batterie sur roues ne m'inquiète pas une miette.

Pour recharger, un câble et un chargeur viennent avec l'auto — ça se branche sur une prise de maison ordinaire. Pas de problème… sauf un petit désappointement : le temps de recharge. Je recharge à partir de 40 % de batterie, et sur une prise domestique c'est lent. Mais pour le moment ça va : une fois par semaine, 18 heures suffisent à mes besoins. Faut dire que je suis à la retraite, je ne cours pas après les minutes.

La prochaine étape — une borne de niveau 2
Recharge complète en deux à trois heures plutôt qu'en jours
Une subvention s'applique — la dépense devient résorbable
Après consultation, c'est dans mes cordes

Une seule pédale

Autre belle surprise : la conduite à une pédale. La Yaris était manuelle — embrayage, frein, accélérateur, trois pédales à gérer. Maintenant, une seule suffit. On appuie sur l'accélérateur, la voiture avance en tirant sur la batterie. On lève le pied, elle ralentit — et recharge la batterie au passage. On lâche complètement, c'est l'arrêt. Un vrai plaisir.

Je n'ai pas encore passé un hiver avec. Je sais que le froid mord dans l'autonomie — c'est connu, je ne me conte pas d'histoires. Mais je regarde ça avec confiance.

La boucle est bouclée

Il y aura toujours quelqu'un pour dire que l'avenir de l'auto, ce n'est pas l'électrique — que c'est l'hydrogène, ou autre chose. Peut-être. L'hydrogène a sa place pour le lourd, les camions, les trains. Mais pour l'auto qu'on a dans l'entrée, il faut juste se rendre compte d'une chose : ce n'est pas une question d'avenir.

« Le présent est électrique. Le futur, on verra. Aujourd'hui, c'est ça. »

Et à ceux qui répondent que fabriquer des batteries au lithium, c'est de la grosse pollution — ils n'ont pas tort de poser la question, mais ils retardent d'un train. Les batteries au sodium ne sont plus un rêve de laboratoire : CATL et BYD les produisent, et la première voiture de série qui en est équipée arrive cette année. Le sodium est abondant, bon marché — et, ironie qui me parle directement, il endure mieux le froid que le lithium. La techno qui s'en vient répond déjà à ma seule vraie réserve.

Cent ans après avoir mené la course puis l'avoir perdue, l'électrique reprend la route. Cette fois, pour de bon. Et il y a une Bolt dans mon entrée pour le prouver.