Sur mon toit, il y a une antenne. Elle capte la télé comme en 1965 — les ondes tombent du ciel, gratuitement. Pas de câble, pas d'abonnement, pas de facture. Et ce qu'elle m'apporte, cette antenne, j'y tiens : notre télé à nous. Celle qui parle notre langue, qui raconte nos histoires, qui nous rassemble le soir. Bonsoir Bonsoir pour rire un peu, les téléromans pour se retrouver, le TJ pour savoir où le monde s'en va. Le contenu est bon. Il l'a toujours été.
Mais voilà : entre les émissions que j'aime, il y a les pauses. Et c'est là que quelque chose s'est brisé — pas la télé, juste sa façon de nous parler pendant qu'on l'écoute.
La vaisselle du bulletin de 22 heures
Avec les années, j'ai développé une technique. Première série d'annonces : je fais couler l'eau la plus chaude possible dans l'évier. Deuxième série : la vaisselle a assez trempé, je commence. Troisième série : je peux essuyer. Quand l'émission finit, la vaisselle aussi. C'est rendu un rythme de vie, presque une chorégraphie.
Le plus drôle? Même de dos, les mains dans l'eau, je les entends pareil. Et je les connais tellement par cœur que je les revois dans ma tête, sans écran. Il faut le faire : une annonce qui joue toute seule dans la mémoire d'un gars qui essuie ses assiettes.
La septième fois
Parce que le problème, ce n'est pas la publicité — je comprends très bien qu'elle finance ce que je regarde, et je suis prêt à faire ma part. Le problème, c'est la répétition. La même annonce de char, sept fois dans la même soirée. Pas sept annonces différentes — la même. Ou le message politique payé avec nos fonds publics, répété une dixième fois à quelqu'un dont l'idée est faite depuis longtemps. Aucun renouveau.
Et plus on revoit le même visage, plus la personne dans l'annonce devient malgré elle désagréable. Elle n'a rien fait de mal, la pauvre — c'est sa douzième apparition de la soirée qui joue contre elle. J'essaye toujours de rester cool, mais des fois, c'est pas facile de retenir ses sacres. Et ça, c'est dommage pour tout le monde : l'annonceur paye des fortunes pour se faire aimer, et la répétition produit le contraire.
« Je ne demande pas une télé sans publicité. Je demande une pause qui ne me donne pas envie de quitter la pièce. »
Ils le savent déjà
La bonne nouvelle, c'est que les diffuseurs et les annonceurs le savent. Regardez le soin mis dans le choix des visages : des femmes sympathiques pour les automobiles, des gars de chantier pour les pick-up — chaque détail est calculé pour adoucir la répétition. C'est la preuve qu'ils comprennent le problème. Ils traitent juste le symptôme au lieu de la cause : ce n'est pas le visage qu'il faut changer, c'est la fréquence.
Des pistes, pas des reproches
Je ne suis pas un expert en publicité — juste un téléspectateur fidèle depuis des décennies. Mais il me semble qu'il y a moyen de faire mieux, sans réinventer la roue :
Rien là-dedans qui demande une révolution. Juste du respect pour celui qui est de l'autre bord de l'écran — le même respect que les émissions elles-mêmes nous témoignent déjà.
Parce qu'elle en vaut la peine
Notre télé a quelque chose que les grandes plateformes n'auront jamais : elle nous ressemble. Elle est en direct quand il se passe quelque chose — une tempête de verglas, une élection, une soirée d'humour. Elle nous donne des références communes, des personnages qu'on connaît tous, des conversations du lendemain matin. Ça, ça ne se remplace pas par un algorithme.
C'est pour ça que je veux qu'elle se repense au lieu de s'effacer. Le jour où la pause redeviendra un moment qu'on peut regarder sans soupirer, je resterai peut-être au salon au lieu d'aller à l'évier. En attendant, mon antenne capte toujours, je suis fidèle au poste — et ma vaisselle n'a jamais été aussi propre.