Le 1er juillet, pendant que le Canada fêtait sa fête, l'attaquant américain Folarin Balogun écrasait la cheville d'un défenseur bosniaque. L'arbitre, envoyé revoir la scène au ralenti par la vidéo, sort le carton rouge. La règle est simple, écrite noir sur blanc : carton rouge direct, suspension automatique au match suivant. Pas d'appel possible. Tout le monde connaît la règle. Balogun lui-même avait déclaré qu'il devait l'accepter, tout simplement.

Sauf que le match suivant, c'est un huitième de finale contre la Belgique. Et que Balogun, avec ses trois buts, est le meilleur marqueur américain. Et que la Coupe du monde se joue chez Donald Trump.

« J'ai parlé à Infantino »

La suite, plusieurs grands médias l'ont confirmée. La semaine même du carton, Trump a téléphoné à Gianni Infantino, le président de la FIFA, pour lui demander de réexaminer la sanction. Il l'a lui-même admis devant les journalistes lundi, expliquant qu'il avait demandé une révision parce qu'à ses yeux il n'y avait pas faute — tout en avouant candidement qu'il ne savait même pas ce qu'était un carton rouge. Son secrétaire au Commerce et le directeur du groupe de travail de la Maison-Blanche pour la Coupe du monde ont mis l'épaule à la roue auprès de la FIFA. Rien de moins.

Dimanche le 5 juillet, la FIFA annonce que la suspension de Balogun est « suspendue » pour une période de probation d'un an, en invoquant l'article 27 de son code disciplinaire. Balogun jouera contre la Belgique. La dernière fois qu'un joueur expulsé a été autorisé à jouer le match suivant en Coupe du monde? Garrincha, en 1962. Soixante-quatre ans.

Les faits, en cinq temps
1er juillet — Carton rouge à Balogun contre la Bosnie, suspension automatique
Même semaine — Trump téléphone à Infantino et demande une révision
5 juillet — La FIFA « suspend la suspension », probation d'un an
La Belgique conteste — appel rejeté : elle n'aurait pas « qualité pour agir »
Précédent unique : Garrincha, Coupe du monde 1962

La planète foot ne rit pas

La fédération belge s'est dite stupéfaite d'une décision qui contredit directement le règlement de la compétition. Son entraîneur, Rudi Garcia, a lancé en conférence de presse qu'il ignorait qu'à la Coupe du monde, le 5 juillet était devenu le 1er avril. L'UEFA, qui ne fait pas dans la dentelle, parle d'une ligne rouge franchie et d'une décision sans précédent, incompréhensible et injustifiable. Quand les gardiens des règles cessent de les garantir, dit-elle en substance, c'est l'intégrité du jeu qui s'effondre.

Il faut dire que le décor était planté depuis longtemps. En décembre, la FIFA remettait à Trump son tout premier « Prix de la paix ». Le président doit participer à la cérémonie de remise du trophée le 19 juillet. Infantino et lui s'affichent bras dessus, bras dessous depuis des mois. Alors quand la FIFA jure que sa commission disciplinaire est « indépendante », permettez-moi de sourire.

Le golf et la planète

On raconte depuis des années que Trump triche au golf — sur ses propres terrains, avec sa propre balle, devant ses propres invités. Franchement, ça ne regarde que lui et ses partenaires de jeu. Mais tricher devant la planète entière, c'est une autre affaire.

Le sport ne tient qu'à une chose : la règle est la même pour tout le monde. C'est pour ça qu'un enfant de Longueuil et un enfant de Sarajevo peuvent jouer au même jeu. Le jour où la règle plie parce que le plus puissant a le numéro de téléphone du président de la fédération, ce n'est plus du sport. C'est du spectacle arrangé.

« Un carton rouge, ça ne s'efface pas au téléphone. Sinon, aussi bien jouer sans arbitre. »

Ce soir, les États-Unis affrontent la Belgique à Seattle, avec Balogun sur le terrain. Peu importe le résultat, quelque chose s'est déjà perdu cette semaine. Et ce n'est pas un match — c'est la confiance. Est-ce que la planète foot peut accepter ça? Moi, en tout cas, je ne l'accepte pas. Et il fallait que je l'écrive.